Dimanche 4 novembre 2007
Marc Garmirian est libre...

Marc Garmirian (agence Capa), Jean-Daniel Guillou (agence Synchro X) et Marie-Agnès Peleran (télévision France 3 Méditerranée), les trois journalistes français, ainsi que les quatre hôtesses de l'air espagnoles ont été remis en liberté, sans pour autant avoir été disculpés des accusations qui pesaient sur eux.

Ils seraient à bord de l'avion présidentiel français en compagnie du Président Nicolas Sarkozy.

Restent les six membres de l'association l'Arche de Zoé, le pilote belge, un copilote et un stewart espagnol, et quatre responsables de l'est du Tchad.

Cette affaire rocambolesque, montée en épingle, ne doit pas faire oublier le drame du Darfour. Ce serait trop facile !

Là, nous assistons, malgré certaines voix qui s'élèvent pour en contester la réalité, à un drame humanitaire qui est un génocide.

Il est aisé d'ergoter sur les mots, de se voiler la face, de s'abriter derrière son écran dans le confort douillet d'une existence protégée plutôt que de dénoncer les crimes, et faire tout ce qui est en son pouvoir pour les faire cesser.

Le combat continue...

par Arkantz publié dans : Chroniques... Idées
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Samedi 3 novembre 2007
J’accuse…
 
Les dirigeants politiques européens d’être sourds et aveugles lorsqu’ils persistent à croire que le gouvernement et les institutions turcs réussiront à réformer et à moderniser un pays qui en a pourtant terriblement besoin.
 
J’accuse certains dirigeants politiques européens de croire en l’angélisme des autorités turques, qui étranglent leurs minorités nationales, se moquent du droit élémentaire des gens, du respect des droits de l’homme et de la liberté d’opinion.
 
J’accuse les politiciens belges de laxisme et de lâcheté lorsqu’ils laissent mûrir en leur sein les ferments de la haine et de l’intolérance, en refusant de condamner les propos négationnistes de certains élus d’origine turque de leur parti, et en leur permettant d’attiser la vindicte de groupuscules nationalistes et mafieux.
 
J’accuse ces mêmes dirigeants de leur silence coupable, si ce n’est complice, lorsqu’un journaliste belge d’origine turque est molesté dans la rue, sans que la police n’intervienne pour le protéger.
 
J’accuse ces dirigeants de mépris et d’indignité lorsqu’ils abandonnent ce journaliste aux pressions haineuses et violentes de nationalistes sans foi ni loi si ce n’est celle qu’ils ont en leur haine et leur intolérance. C’est ainsi que Mehmet Koksal s’est condamné au silence pour préserver son existence et celle de sa famille. Parce qu’il sait que d’autres ont payé de leur vie leur engagement pour la vérité. On se souviendra longtemps du 19 janvier 2007 et du meurtre de Hrant Dink. L’enquête à peine close, les premières poursuites engagées contre des seconds couteaux, et déjà la justice turque s’acharne sur le fils de la victime. Est-ce tolérable ?
 
Mehmet Koksal se tait parce qu’un autre intellectuel turc de renom Taner Akçam, après avoir été sali par des nervis à la solde de l’Etat turc, craint pour sa vie pour avoir révélé la part d’ombre de la République turque et de l’Empire ottoman, cet acte honteux que les dirigeants d’Ankara s’évertuent à vouloir effacer de leur mémoire, de la mémoire de leur peuple, au moment même où certains de leurs concitoyens retrouvent les traces de leur passé. Il se tait parce que d’autres intellectuels turcs sont obligés de vivre sous la menace, loin de leur pays.
 
J’accuse les autorités britanniques de couardise lorsque pour dynamiter l’Union européenne, elles s’appuient sur le détonateur turc, comme lorsque dans le passé, elles ont sacrifié par intérêt des milliers de vies pour le pétrole. Souvenez-vous des propos de Lord Curzon.
 
J’accuse l’administration Bush de duplicité et de lâcheté, quand elle abandonne le peuple kurde d’Irak à l’armée turque qu’elle aide en sous main, comme on abandonne une victime expiatoire à son prédateur.
 
J’accuse l’Occident de lâcheté, de mépris et d’abandon, quand ayant oublié la question arménienne, euphémisme pour désigner le drame, la tuerie massive, l’exode sans espoir de retour de toute une nation chassée de ses terres d’origine, elle oublie aujourd’hui la question kurde. Si les Kurdes ont eu recours à la violence, comme hier les Arméniens, les Juifs en Palestine, les Palestiniens au Proche-Orient, les Karens en Birmanie, ce n’est ni par gaieté de cœur ni par goût du sacrifice, mais par la nécessité de se faire entendre lorsque le monde reste sourd à leurs revendications. Certes, aucune violence n’est excusable. Le mépris ne l’est pas non plus. Après avoir utilisé les Kurdes dans leur plan d’extermination de la nation arménienne, le gouvernement turc ne les a pas remerciés pour autant que par sa volonté de mettre fin à leur existence, d’ignorer et d’anéantir leur langue et leur culture, de les punir d’avoir avoué qu’ils participèrent au crime de génocide, et d’avoir demandé pardon à leurs victimes et à leurs descendants.
 
L’Allemagne s’est grandie en condamnant les crimes du nazisme et l’holocauste. L’Allemagne s’est grandie lorsque son chancelier, Willy Brandt s’est agenouillé en 1971 devant le mémorial de l’holocauste. Quand le Président de la République turque ou son Premier ministre viendront-ils se recueillir à Erevan au mémorial du génocide des Arméniens de Dzidzernarkapert ?
 
Israël honorera la mémoire de l’Humanité, en reconnaissant comme ses pères fondateurs, ce génocide oublié qui devait préfigurer l’holocauste, ce qu’avaient compris en leur temps Raphaël Lemkin ou Frantz Werfel, notamment.
 
Les Etats-Unis honoreront la mémoire de leurs Justes, à commencer par Henry Morgenthau, leur ambassadeur à Constantinople durant la Première Guerre mondiale, en reconnaissant au sein de leur Congrès le génocide des Arméniens, en prévention de tous les autres génocides à venir, en mémoire de tous les génocides passés, sans se laisser pervertir par les chantages diplomatiques et les menaces honteuses.
 
Tant que perdurera ce mépris, ce silence et cette lâcheté… j’accuserai !
 
Carl E. Arkantz
www.arkantz.com
par Arkantz publié dans : Chroniques... Idées
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Jeudi 1 novembre 2007

La liberté d'informer ne se négocie pas.

Soutenons Marc Garmirian et les journalistes retenus au Tchad.

Signez la pétition qui sera adressée au Président de la République Française.

http://comitedesoutienamarcgarmirian.unblog.fr/

Nous comptons sur vous !

Carl E. ARKANTZ

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Mercredi 31 octobre 2007
Après Taner Akçam, courageux historien sous la menace de nationalistes turcs, Mehmet Koksal, journaliste belge d'origine turque a été la victime de ces mêmes nationalistes, le 21 octobre dernier, à Bruxelles lors d'une manifestation particulièrement violente des "Loups Gris". N'oublions pas l'assassinat de Hrant Dink...


A Mehmet Koksal...

Paraphrasant la métaphore de la paille et de la poutre, Victor Hugo écrivait :
« L’Angleterre, qui reproche à la Russie sa Pologne, ne voit pas l’Irlande qu’elle a dans l’œil. »


De même, Ankara, qui bafoue les droits de l’homme et ne respecte pas ses minorités, reproche aux Kurdes, et notamment au PKK, d’être des terroristes. Vivant dans plusieurs pays, la Turquie, la Syrie, l’Iran, l’Irak et l’Arménie, les Kurdes sont un peuple divisé sans État, un peu à l’image des Palestiniens. Comme ces derniers, le recours à la violence leur a permis de manifester leur infortune, de défendre leurs droits et d’attirer l’attention. La violence est pourtant condamnable, même quand on la considère comme légitime. On pourrait débattre pendant des heures sur le sujet.
 

 

L’Empire ottoman, dont la Turquie moderne se revendique quand elle le veut l’héritière, a été le creuset de toutes les dissensions, et le théâtre de bien des drames, à commencer par des massacres de masse que le droit international, après la 2ème guerre mondiale a qualifié de génocides. Accepter l’actif en refusant le passif de son histoire, fait de la République turque un État bâti sur le mensonge. Ce mensonge continue à être instillé dans l’esprit des jeunes générations, et devient le ferment d’un ultra-nationalisme dont on voit les dangers comme à Bruxelles dernièrement. Ce n’est pas sans rappeler les exactions des groupes de choc nazis en Allemagne, et notamment à Berlin, dans les années trente qui visaient les juifs, les communistes, les socialistes, et plus généralement tous les opposants et tous les démocrates. Ce genre de nuit de Cristal, Istanbul en a connu le 6 septembre 1955, sous prétexte d’une manifestation contre les revendications des Grecs sur l’île de Chypre. 

Suite à la mort de douze soldats turcs lors d’une attaque du PKK et à l’adoption le 10 octobre 2007 par la Commission des Affaires Etrangères du Congrès des États-Unis par de la résolution HR 106 reconnaissant le génocide des Arméniens perpétré par la Turquie en 1915, des manifestations nationalistes secouent la Turquie, amplifiées par le 84ème anniversaire de la République turque. 


On peut comprendre la douleur des familles qui ont perdu un de leur fils dans cette sale guerre. Mais toute guerre pourrait être évitée si l’on n’exacerbait pas la haine de l’autre. J’ai mesuré combien l’orgueil et le nationalisme rendent aveugles, lorsque ne pouvant contredire une opinion avec des arguments valables on se livre à l’invective et à l’insulte, en attendant d’en découdre. Le courage se démultiplie quand on s’attaque en groupe à un individu isolé. Est-ce vraiment du courage ou l’addition d’atomes de faiblesse qui en prendrait l’apparence ? La force et le courage sont à mon sens du côté de l’agressé plutôt que de l’agresseur. Vous en avez été la preuve. 


Avec ma haute considération, 
Bien cordialement. 

par Arkantz publié dans : Chroniques... Idées
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Mercredi 31 octobre 2007
petit_journal


Le 10 octobre 2007, la Commission des Affaires Etrangères du Congrès des États-Unis a adopté par une majorité de 27 voix pour et 21 contre la résolution HR 106 reconnaissant le génocide des Arméniens perpétré par les Turcs en 1915.

Cette résolution peut désormais être présentée au vote du Congrès ; elle a déjà le soutien d’une majorité de parlementaires américains.

Durant les jours et les semaines qui ont précédé ce vote les autorités turques par les voix de leur nouveau Président élu Abdullah Gül, de leur Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan, du Président de leur Grande Assemblée nationale et j’en oublie certainement n’ont pas manqué de marteler qu’il fallait bloquer ce texte ; leurs interventions ont suscité différentes prises de position à commencer par celle du Président George W. Bush, qui disposant d’un droit de veto à l’instar du Président Clinton qui fit usage du sien pour une résolution identique, s’est déclaré hostile au texte. Il est vrai qu’embourbé en Irak, il ne peut se permettre d’irriter son allié turc, tant il est également vrai que cet encombrant allié n’a pas intérêt de se fâcher avec les Etats-Unis tant il en est dépendant. Je ne citerai pas nommément les huit anciens secrétaires d’État, ni l’actuelle ou le ministre de la Défense dont les communiqués ou lettres ne font pas honneur aux États-Unis. D’ailleurs, nonobstant cette incurie, je doute que leurs noms ne sortent jamais grandis dans l’Histoire.

L’orgueil surdimensionné des Turcs qui refusent obstinément la réalité peut prêter au ridicule. Ainsi, dans les livres d’histoire, des écoliers turcs un peu attentifs pouvaient noter que, lors des batailles livrées par l’Empire ottoman, les victoires étaient toujours celles des Turcs, alors que les défaites étaient celles de l’Empire. Cette distinction est révélatrice. Le Turc ne peut jamais faillir. Alors que l’Empire, lui, n’était qu’un composé ethnique dans lequel le Turc n’était qu’un des éléments. Quand les livres d’histoire se livrent à pareil distinguo que peut on attendre d’un crime comme un génocide ?
À Ankara, les manifestations hostiles aux Américains face à l’ambassade des Etats-Unis, bien qu’organisées par le parti des Travailleurs (nationaliste de gauche) dont l’anti-américanisme est viscéral, procèdent de ce même lavage de cerveau qu’ont subi des générations d’enfants turcs dans les écoles laïques de la République.

Qu’adviendra-t-il lorsque la Turquie admettra enfin son crime ? Que celui-ci ait été commis à l’époque de l’Empire n’affranchit en rien la République turque qui en est l’héritière, qui plus est quand cette République ne recule devant aucun procédé fut-il des plus dégueulasses pour continuer à nier ce crime.

Entendre encore et toujours que ce crime n’a jamais eu lieu heurte, blesse, horripile ceux qui en ont été les victimes directes et indirectes ; je veux parler des survivants et de leurs familles. Car le récit des atrocités subies et les témoignages des diplomates, des militaires, des missionnaires ou des personnels médicaux quels qu’ils soient ne sont pas des affabulations impérialistes comme le prétendent à l’envi les manifestants turcs. Les témoignages, notamment d’Autrichiens et d’Allemands alors alliés de l’Empire ottoman, ne sont pas des plus complaisants envers les criminels du parti Union et Progrès et leurs séides.

Nier l’évidence, et continuer à la nier, ne grandira pas la Turquie. Si tant est qu’elle ait envie de grandir. Le ridicule ne tue pas… Hélas !

Carl E. Arkantz
11 octobre 2007
par Arkantz
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